Étienne de Crécy

Pouvez-vous vous présenter pour ceux qui ne vous connaissent pas ou peu parmi nos lecteurs ?

Non. Ça c’est ton travail, c’est à toi de me présenter, je ne me présente plus. [Rire]

Vous avez collaboré avec de très nombreux artistes, avec quel artiste voudriez-vous collaborer plus souvent ?

Avec Keren Ann, on a collaboré sur deux morceaux, elle a composé un morceau pour une chanson que j’avais faite, et j’en ai produit un remix. A chaque fois le résultat de notre collaboration donne un truc que j’aime bien. Et j’aimerai collaborer plus souvent avec Keren Ann.

Comment vous est venue l’idée du CUBE ?

Alors en fait l’idée du cube ce n’est pas moi qui l’ai inventé, mais 1024 Architecture. Moi je les ai rencontré parce que je devais faire un concert, mon premier concert en solo, c’est-à-dire qu’avant je faisais des concerts avec Alex Gopher et Delfaud, le Super Discount 2 LIVE, on était 3 sur scène. Apres la tournée j’ai voulu continuer. Quand on avait le truc à 3, je trouvais qu’il manquait une scénographie, donc j’ai voulu démarrer tout seul et j’ai été booké aux Trans Musicales de Rennes qui est une grande scène, alors moi tout seul avec mon matériel ce n’était pas assez grand. J’ai donc décidé de chercher une scénographie, et c’est Manu Barron de Savoir-Faire, le patron du Social Club, qui m’a présenté à 1024 Architecture, et eux avaient un projet un peu comme ça dans leurs cartons, ils l’ont alors appliqué à mon image.

Quel est votre instrument ou machine de prédilection pour créer vos musiques ?

La TB-303, qui est un synthétiseur Roland est un truc qui est sorti pour les guitaristes et musiciens qui souhaitaient des basses accompagnées d’une boite à rythme. C’est le même format que la TR-606 qui est aussi une petite boite à rythme. C’est un synthé monophonique très basic, mais qui a un son particulier pas du tout versatile, c’est-à-dire qu’il a un son qui a servi à Dj Pierre et compagnie quand ils ont inventé l’acide house, du coup c’est devenu emblématique. C’est un synthétiseur qui a la particularité d’avoir son propre séquenceur intégré, un séquenceur qui est extrêmement compliqué. C’est-à-dire qu’en faisant un peu n’importe quoi on arrive toujours à trouver des paternes, des dessins rythmiques, qui sont assez étonnants et qui sont devenus emblématiques de la musique électronique. Donc voilà, j’ai ça, j’ai commencé la musique avec ça, et je l’ai dans mon studio depuis le début et c’est pour moi la pierre angulaire.

Vous considérez vous comme le pape de la musique électronique ?

Non pas comme le pape de la musique électronique, parce que la musique électronique pour moi, est une musique de communauté. C’est une musique qui a besoin d’énormément d’influence, car c’est une musique qui est extrêmement facile à faire et du coup elle tient dans la multiplicité des acteurs. Nous sommes donc une brique parmi d’autres dans ce monde-là, qui est multiple et qui a un intérêt car nous sommes des milliers à être dans ce monde. Du coup il n’y a pas de pape en vrai, car même les plus forts sont eux inspirés de cette multitude d’informations qui arrivent de partout. Même si il est vrai qu’il y en a qui sont plus forts que d’autres, mais le plus fort ce n’est pas moi.

Et du coup, quel groupe ou artiste est le plus fort selon vous ?

Je pense que Daft Punk sont les plus forts.

Quel morceau vous a donné le plus de fil à retordre ? (Qu’il soit sorti ou non)

C’est difficile à dire car il y a des morceaux qui sont rapides. En général je suis plutôt lent donc chaque morceau me donne du fil à retordre. Comme c’est une musique de fraicheur et d’innocence, il ne faut pas perdre le truc naturel qui arrive, il faut rester super simple. C’est vrai que du coup des fois quand tu es en studio avec tous ces instruments électroniques, tu trouves vite un rythmes qui est cool et après, plus tu travailles, plus tu perds cette innocence et c’est le principe de la musique. Du coup le travail, c’est d’oublier qu’il y a eu du travail derrière. Apres « Overnet » c’est un morceau que j’ai fait en une après-midi. J’ai fait la paterne, puis j’arrivais plus à faire la structure, j’ai appelé Alex qui était à coté, il m’a dit : « Tiens on va mettre des claps etc. » On a enregistré et c’était plié en 3H. Normalement les morceaux de techno sont faits comme ça. Apres il y a « Fast Track » avec Julien sur lequel on a beaucoup travaillé car il était très difficile à mettre en place. On faisait des trucs qui étaient pas mal, mais pas super, jusqu’au moment où Alex (Gopher) est passé et nous a dit : « Oh putain ça me fait penser a une ligne de basse ». Il est rentré dans son studio et a commencé à jouer la basse, nos deux studio sont côte à côte, et la porte était ouverte. On a entendu sa ligne de basse et on a fait : « Hop hop hop, viens par la toi ». Mais celui-là, en effet, a été assez long à créer et finalement le « Fast Track » qui est dans le disque est en partie composé de démos LIVE qu’on a enregistrées avec Julien, juste comme ça, pour déconner, et qu’on n’a pas réussi à refaire dans le studio.

Quel est votre vinyle de chevet ?

Je change tout le temps, j’ai une façon de consommer les disques en écoutant essentiellement un album pendant 2-3 mois puis tu changes. Apres tu as une intimité avec un disque que tu retrouveras plus tard en l’écoutant à nouveau. Mais certaines personnes sont différentes, certains écoutent sans cesses des morceaux différents. J’aime bien les musiques sur MAXI, mais j’adore les albums.

Si vous pouviez décider de rendre un artiste célèbre lequel choisiriez-vous ?

C’est assez difficile car ça peut être vexant pour l’artiste. Quelqu’un qui serait sous-évalué… Je ne sais pas, j’essaye de réfléchir… Je ne vois pas.

Donc on mettra Daft Punk !

[Rire]

— Interview réalisée en 2013, à l’occasion de KIOSK #7

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