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Publié le 05 Mai 2017

Nous vous rappelons que la pratique de l’Urbex est dangereuse.
Nous vous déconseillons de le pratiquer seul et dans des endroits jugés dangereux.

Bienvenue en Gironde !

Perdu entre les vignes de Merlot et de Sauvignon, se trouve le village dans lequel nous vous emmenons aujourd’hui. C’est un vieux village comme on en voit beaucoup aux alentours. Perché sur le haut d’une colline, il surplombe les environs. Sa vieille église, ses maisons de pierres blanches. Le tableau est à la hauteur de la réputation, un véritable bout d’histoire à une heure de Bordeaux. Mais venons-en au fait. Si vous vous souvenez de notre article sur les wagons oubliés de la Seconde Guerre mondiale, vous vous rappelez sûrement ce que l’on vous disait : les meilleures explorations sont celles que l’on ne prévoit pas ! Et bien voici un exemple qui ne faillit pas à la règle. Alors que rien ne semblait prédestiner cette journée à l’exploration, j’allais sans le savoir vivre une de mes plus belles sessions Urbex !

C’était un bel après-midi d’avril. Le temps étant plus clément dans cette région, le soleil était de sortie et la météo annonçait 25°C. Alors que je me pavanais dans les ruelles de cette ancienne cité médiévale, un vieux bâtiment attira mon attention. Les fenêtres sont barricadées, le jardin ne semble pas entretenu, c’est sûr, le lieu ne demande qu’à être exploré ! Accompagnée d’un ami, je lui suggère de partir à la recherche d’un point d’entrée. Il nous fallut peu de temps avant de repérer une planche cassée. Bien qu’étroit, le passage semble sans encombre. Et dix secondes plus tard, nous voici à l’intérieur. La vieille bâtisse est délabrée comme on aurait pu l’imaginer. Dans cette première salle, rien de bien intéressant: une vieille cheminée taguée et un plancher à moitié effondré. Je sors tout de même mon appareil photo pour prendre quelques clichés. Mon acolyte décide quant à lui de descendre directement vers ce qui semble être une cave; avec surement l’espoir d’y trouver de vieilles bouteilles oubliées. Quelques minutes plus tard, alors que je photographie les quatre coins de la pièce, j’entends une voix qui m’appelle. Elle vient de la dite cave, mais semble lointaine. Je reconnais la voix de mon explorateur du jour et me mets en quête de le rejoindre. Mais, alors que je pensais le trouver dans une cave à vins typique de la région, me voici qui traverse un, deux, puis trois couloirs. Je vois de la lumière, mon ami est là. Il a sorti son téléphone et éclaire ce qui nous entoure. 

Nous ne sommes visiblement pas dans une cave, mais dans des souterrains ! Plus nous avançons, plus nous sommes surpris par l’immensité de ce labyrinthe. Dix minutes s’écoulent, puis vingt, trente, quarante… Les allées se confondent. Nous n’avons laissé aucun repère pour retrouver notre chemin, et ne captons évidemment aucun réseau. Aucune lumière n’est visible aux alentours, hormis la faible lueur émise par nos smartphones. Certains endroits sont taggués, des flèches sont présentes sur les murs mais semblent toutes indiquer des directions différentes. Voici plus d’une heure que nous marchons, sans aucune idée de la distance que nous avons réellement parcourue.

Soudain, un vent frais vient caresser nos bras nus. Au loin un faisceau lumineux se fraie un chemin entre les roches. À l’origine de cette source de lumière se trouve une porte, ou plutôt un portail. En regardant au travers, nous reconnaissons un champ voisin, devant lequel nous étions passé un peu plus tôt. Nous comprenons que le chemin que nous avons parcouru jusqu’ici n’est pas si grand, et que nous avons du tout bonnement tourné en rond. Sur notre droite, un escalier de pierre étroit remonte vers un pan plus élevé du même champ. Il est recouvert de verdure et est probablement invisible de l’extérieur.

Derrière nous, nous remarquons un escalier de fer, ou du moins ce qui en reste. Il mène vers un deuxième étage qui semble plus fragile. Nous montons. Quelques déchets attestent du passage d’autres personnes avant nous. Mon ami a pris de l’avance, je tente de le rattraper. Tout à coup, je suis stoppé net. Il me tient le bras. Deux pas de plus et je tombais dans un trou énorme, dont nous peinons à voir le fond.

Après cette frayeur, nous décidons de regagner l’étage inférieur et de continuer notre exploration. L’air est un peu plus chaud et les couloirs moins sombres. À certains endroits, des sortes de puits remontent vers la surface, apportant à l’endroit un peu plus de chaleur et de lumière. Nous rencontrons à nouveau un escalier menant vers l’extérieur. La vision qui s’offre à nous nous laisse sans voix. Les rayons du soleil pénétrant l’obscurité, cet escalier menant on ne sait où, cette exploration ne cesse de nous surprendre, et nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

Après plus d’une heure et demie à se perdre dans ces souterrains sans fin, nous rebroussons chemin en direction du bâtiment initial. Le retour se fait bien plus vite que l’aller, en dix minutes nous voici à nouveau dans cette toute première salle, là où commence la deuxième partie de notre exploration. Nous sommes encore secoués de cette découverte inattendue, et entamons le reste de notre visite sans réelles attentes, pensant que rien ne pourrait égaler ce que l’on venait de voir. Cependant, certains éléments viendront ajouter à ce lieu, plus de mystères qu’il ne possède déjà. En attendant, il nous faut être prudent. Chaque pas menaçant le plancher de s’effondrer un peu plus.

En accédant au premier étage, un détail nous interpelle. Sur l’un des murs il est écrit « prison des hommes ». Sommes nous dans une ancienne prison ? Dans ce cas, les souterrains que nous avons découvert servaient-ils aux prisonniers à s’échapper ? Ou à d’autres personnes d’y rentrer ? Que de questions qui s’ajoutent aux précédentes. Mais avant de pouvoir y répondre, nous rejoignons le premier étage, où l’état des lieux est de plus en plus dangereux.

Finalement, le bâtiment en lui-même n’a pas grand-chose à offrir. Il ne reste plus rien et tout est en piteux état. Cela étant, il a tout de même attisé notre curiosité. Le peu d’indices que nous avons trouvé quant à la nature de ce lieu nous laisse sans réponse, pour le moment. Nous finissons notre exploration en visitant le grenier, avant de redescendre et de terminer avec les dernières pièces du rez-de-chaussée.

Il est temps pour nous de quitter les lieux. En sortant, nous décidons de faire un tour dans les champs et vignes avoisinants. À une centaine de mètres, nous retrouvons l’escalier de pierre que nous avions rencontré dans les souterrains. Bien qu’il soit recouvert de végétation comme nous l’avions auparavant remarqué, on devine son embouchure. Il est entouré de ruines qui semblaient former une annexe au bâtiment principal. Sur la devanture, en grosses lettres, nous pouvons lire « Le Couvent »…

Après quelques recherches, il s’avère que le lieu fut pendant un temps un couvent. Bâti au XVIIe siècle, il était mené par dix-huit religieuses, et avait pour but l’enseignement gratuit des jeunes filles des classes pauvres. Au lendemain de la Révolution, le clergé ayant perdu en pouvoir, quelques parties du couvent furent nationalisées. En 1782, le couvent sera finalement vendu. Il deviendra alors une prison, puis une gendarmerie, et enfin un domaine viticole. Quant aux souterrains, ils n’étaient en fait qu’une carrière. Les pierres blanches extraites de celle-ci ont servi à la construction du village. Mais, si ce n’était qu’une simple carrière, pourquoi était-elle directement reliée au couvent ? Au final, on se doute que ces souterrains on dut vivre plusieurs vies, comme le domaine sous lequel ils reposent.


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